Gain, volume, bass, middle, treble, presence, master…

Face à un ampli que tu ne connais pas, la tentation est grande de tourner plusieurs boutons jusqu’à obtenir quelque chose qui te plaît.

Ça peut fonctionner.

Mais si le son ne convient plus cinq minutes plus tard, sais-tu quel réglage modifier ?

L’objectif de cette page est de te donner une méthode.

RÉGLER → JOUER → ÉCOUTER → IDENTIFIER → CORRIGER

Il n’existe pas un réglage idéal valable pour tous les amplis, toutes les guitares et toutes les situations.

En revanche, tu peux apprendre à construire ton réglage progressivement et à comprendre ce que tu modifies.

Avant de commencer : un bouton à la fois

Nous allons reprendre la même règle que pour la guitare et les effets : ne change qu’une chose à la fois.

Si tu augmentes simultanément le gain, les graves et les aigus tout en changeant de micro, tu ne sauras plus vraiment ce qui produit la différence.

Choisis une phrase, un riff ou quelques accords que tu connais bien.

Garde la même guitare et la même position de micro.

Puis modifie un seul paramètre. Joue. Écoute. Compare.

C’est la meilleure manière d’apprendre à connaître un ampli.

1. Comprendre le trajet du son

Un amplificateur guitare peut être très simple ou proposer énormément de réglages.

Sans entrer dans son fonctionnement électronique détaillé, on peut retenir une chaîne simplifiée :

GUITARE → PRÉAMPLIFICATION / GAIN → ÉGALISATION → AMPLIFICATION → HAUT-PARLEUR

Selon l’ampli, l’ordre exact des circuits et leur fonctionnement peuvent être différents.

Certains amplis ont plusieurs canaux. Certains proposent un Master Volume. D’autres non.

Certains ajoutent Presence, Resonance, Bright, Contour ou d’autres commandes.

Tu n’as donc pas besoin de retrouver exactement les mêmes boutons sur tous les amplis. Il faut surtout comprendre quelle fonction tu cherches à contrôler.

2. Gain, volume et master — Trois choses à ne pas confondre

C’est l’une des confusions les plus fréquentes.

Un bouton Gain et un bouton Volume peuvent tous les deux modifier le niveau sonore, mais ils n’interviennent pas nécessairement au même endroit dans l’ampli.

Le gain

Le gain contrôle généralement le niveau envoyé dans une partie du préampli.

Lorsque cette partie du circuit est suffisamment sollicitée, elle peut commencer à saturer.

En augmentant le gain, tu peux donc obtenir davantage de saturation.

Selon l’ampli, tu peux passer progressivement : CLEAN → DÉBUT DE SATURATION → CRUNCH → SATURATION

Le gain influence également la sensation de compression, le sustain et la réaction de l’ampli à ton attaque.

Le volume

Une commande Volume peut contrôler le niveau d’un canal ou intervenir à un autre endroit du circuit selon la conception de l’ampli.

Son rôle exact n’est donc pas absolument identique sur tous les modèles.

Le master

Lorsqu’un ampli possède un Master Volume, celui-ci permet généralement de contrôler le niveau global après une partie importante du préampli.

Cela permet notamment de régler une quantité de saturation avec le gain tout en contrôlant séparément le niveau sonore final.

On peut retenir comme point de départ :

GAIN = combien je sollicite le préampli

MASTER = à quel niveau global je veux entendre le résultat

Mais garde en tête que l’architecture varie d’un ampli à l’autre.

Essaie

Si ton ampli possède Gain et Master : commence avec peu de gain et un niveau sonore raisonnable.

Joue quelques accords. Augmente progressivement le gain en compensant le volume général si nécessaire.

Écoute ce qui change indépendamment du simple niveau sonore : la saturation, la dynamique, le sustain et la précision des accords.

Puis redescends le gain.

Tu apprendras beaucoup plus ainsi qu’en mettant immédiatement le gain très haut.

3. Graves, médiums et aigus — Sculpter le son

Les réglages Bass, Middle et Treble agissent sur différentes zones de fréquences.

Mais attention : ce ne sont pas trois volumes indépendants parfaitement séparés.

Sur un ampli guitare, les réglages d’égalisation peuvent interagir entre eux, et leur comportement dépend du circuit.

Il est donc plus utile d’apprendre à reconnaître leur influence que de mémoriser des positions de boutons.

Bass — Les graves

Augmenter les graves peut donner davantage de poids et de profondeur.

Mais trop de graves peut aussi rendre le son lourd ou moins précis, particulièrement avec beaucoup de saturation ou dans un groupe où une basse et une grosse caisse occupent déjà cette zone.

Middle — Les médiums

Les médiums sont particulièrement importants pour la présence de la guitare.

Les réduire fortement peut produire un son impressionnant lorsque tu joues seul.

Mais dans un groupe, une guitare très creusée dans les médiums peut avoir davantage de difficulté à trouver sa place.

À l’inverse, augmenter les médiums peut rendre le son plus présent, parfois plus nasal selon l’ampli et la fréquence concernée.

Treble — Les aigus

Les aigus participent notamment à la brillance, à l’attaque et à la définition.

Trop peu d’aigus peut donner une sensation de son fermé ou étouffé.

Trop d’aigus peut rendre le son agressif ou fatigant.

Et n’oublie pas que le résultat dépend également du micro sélectionné, du potentiomètre Tone de la guitare, de ton attaque et du haut-parleur.

Essaie

Pars d’un réglage raisonnable. Ne touche qu’aux graves.

Passe volontairement d’une valeur faible à une valeur importante. Reviens ensuite à ton point de départ.

Fais exactement la même expérience avec les médiums, puis avec les aigus.

N’essaie pas encore d’obtenir le meilleur son.

Cherche d’abord à répondre à : qu’est-ce que ce bouton change sur cet ampli ?

4. Presence, Resonance et autres commandes

Certains amplis proposent des réglages supplémentaires.

Presence

La Presence agit généralement sur la partie haute du spectre d’une manière différente du bouton Treble.

Selon l’ampli, elle peut modifier la sensation de brillance, d’attaque ou de présence du son.

Resonance

La Resonance, lorsqu’elle est présente, agit généralement sur le comportement de l’ampli dans les basses fréquences.

Elle peut modifier la sensation de profondeur ou d’impact dans le grave.

Le fonctionnement précis de ces commandes dépend de la conception de l’ampli.

Elles ne doivent donc pas être considérées comme de simples doublons de Treble et Bass.

Bright, Contour et autres réglages

Les fabricants utilisent également d’autres noms : Bright, Deep, Contour, Shape…

Leur fonctionnement n’est pas suffisamment universel pour déduire précisément leur action à partir de leur nom.

Dans ce cas, reviens à notre méthode : mets le réglage dans une position → joue → modifie-le fortement → rejoue → compare.

Puis consulte le manuel de ton ampli si tu veux comprendre précisément ce que fait le circuit.

5. Clean, crunch et saturation

On parle souvent de son clair, de crunch et de son saturé comme s’il s’agissait de trois catégories totalement séparées.

En réalité, la transition peut être progressive.

Clean

Le son reste relativement propre lorsque tu joues. Les variations de ton attaque sont généralement bien perceptibles.

Crunch

L’ampli commence à saturer.

Une attaque légère peut rester assez propre tandis qu’une attaque plus forte déclenche davantage de saturation.

Cette zone est particulièrement intéressante pour apprendre à contrôler le son avec les doigts et avec le volume de la guitare.

Saturation

En augmentant encore le gain, la saturation devient plus importante.

Le sustain et la compression peuvent augmenter.

Mais la précision peut également diminuer.

Avec beaucoup de gain, les bruits parasites, les cordes mal étouffées et les imprécisions deviennent souvent très audibles.

Essaie

Si ton ampli le permet, cherche volontairement la zone où le son commence juste à saturer.

Joue doucement. Puis attaque plus fort.

Essaie ensuite de réduire légèrement le volume de ta guitare.

Tu retrouveras ici le lien entre les différentes étapes de notre parcours : les mains, la guitare et l’ampli interagissent.

6. Régler un ampli à partir de zéro

Voici maintenant une méthode que tu peux utiliser lorsque tu arrives devant un ampli que tu connais mal.

Étape 1 — Simplifie

Désactive les effets dont tu n’as pas besoin pour le moment. Choisis une position de micro et garde-la.

Nous voulons d’abord entendre l’ampli.

Étape 2 — Pars d’une égalisation raisonnable

Si tu ne connais pas l’ampli, placer Bass, Middle et Treble autour de leur position centrale peut constituer un point de départ pratique.

Attention : tous les boutons à midi ne signifient pas nécessairement que l’égalisation est réellement neutre.

Les circuits d’amplis guitare ne fonctionnent pas tous de cette manière. C’est simplement un repère pratique pour commencer.

Étape 3 — Règle le niveau sonore

Choisis un volume adapté à la situation.

Évite de construire ton son à un niveau complètement différent de celui auquel tu vas réellement jouer lorsque c’est possible.

Étape 4 — Cherche la bonne quantité de gain

Commence avec moins de gain que ce que tu penses nécessaire. Augmente progressivement.

Arrête-toi lorsque tu obtiens la saturation dont tu as réellement besoin.

Étape 5 — Travaille les médiums

Écoute d’abord comment la guitare occupe le centre du spectre.

Essaie davantage puis moins de médiums.

Ne juge pas uniquement le son lorsque tu joues seul si tu vas ensuite jouer avec d’autres musiciens.

Étape 6 — Ajuste les graves et les aigus

Ajoute ou retire des graves selon le poids et la précision recherchés.

Ajuste les aigus pour obtenir suffisamment de définition sans rendre le son agressif.

Étape 7 — Termine par les réglages supplémentaires

Presence, Resonance, Bright ou autres commandes viennent ensuite si ton ampli les propose.

Étape 8 — Joue de la musique

C’est l’étape que l’on oublie facilement.

Ne juge pas ton réglage uniquement en jouant une corde ou un accord isolé.

Joue réellement le morceau, le riff ou la phrase pour lequel tu construis ce son.

Mon son ne fonctionne pas : que modifier ?

Mon son saturé est brouillon

Essaie d’abord de réduire le gain.

Si nécessaire, vérifie ensuite si les graves ne prennent pas trop de place.

Contrôle également les cordes qui résonnent involontairement : le problème peut venir du jeu autant que de l’ampli.

Mes accords deviennent illisibles

Là encore, commence par tester moins de gain.

Plus de saturation n’apporte pas nécessairement davantage de puissance. Elle peut au contraire réduire la séparation entre les notes.

Mon son est agressif ou perçant

Essaie de réduire les aigus ou la Presence.

Mais vérifie également ce qui se passe avant l’ampli : quel micro utilises-tu ? où est réglé le Tone de ta guitare ? comment attaques-tu les cordes ?

Mon son est étouffé

Vérifie les aigus et éventuellement la Presence.

Mais regarde également la position de micro et le Tone de la guitare.

Mon son manque de poids

Essaie un peu plus de graves.

Mais ne cherche pas forcément à remplir tout le bas du spectre, surtout si tu joues avec une basse.

Selon la situation, davantage de médiums peut parfois rendre la guitare plus présente qu’une grosse augmentation des graves.

Mon son est énorme quand je joue seul mais disparaît avec le groupe

Vérifie notamment tes médiums.

Un son très creusé peut sembler large et puissant seul, puis laisser peu de place perceptible à la guitare lorsque basse, batterie, voix et autres instruments jouent en même temps.

Essaie également de réduire légèrement le gain si le son manque de définition.

Régler seul et régler en groupe, ce n’est pas la même chose

Lorsque tu joues seul, tu peux être tenté de chercher un son qui occupe énormément d’espace : beaucoup de graves, beaucoup de saturation, une grande reverb, un delay très présent.

Le résultat peut sembler impressionnant.

Puis la basse commence à jouer. La batterie arrive. Une voix s’ajoute. Peut-être une deuxième guitare ou un clavier.

Ton son doit maintenant trouver sa place parmi les autres instruments.

C’est une idée essentielle : le meilleur son de guitare n’est pas forcément celui qui paraît le plus impressionnant lorsqu’on l’écoute seul.

Dans un groupe, il faut parfois retirer quelque chose pour mieux entendre l’ensemble.

Moins de graves. Moins de gain. Moins de reverb. Davantage de médiums. Et parfois simplement moins de volume.

Le bon réglage dépend donc aussi du contexte musical.

Le volume change aussi notre perception

Un autre piège consiste à comparer deux réglages à des volumes très différents.

Nous avons naturellement tendance à trouver un son plus fort plus impressionnant.

Lorsque tu compares deux égalisations ou deux quantités de gain, essaie donc, autant que possible, de conserver des niveaux d’écoute relativement proches.

Tu entendras plus facilement les différences de caractère plutôt que la simple différence de volume.

Et protège ton audition : un ampli guitare peut produire des niveaux sonores importants bien avant que le son ne semble désagréable.

5 minutes pour apprendre ton ampli

Tu peux découvrir beaucoup de choses sur un ampli avec un exercice très court.

1 minute — Le gain

Pars d’un gain faible et augmente-le progressivement.

Écoute le moment où la saturation apparaît et la façon dont la précision évolue.

1 minute — Les médiums

Ne change que les médiums. Compare une valeur faible, moyenne et forte.

1 minute — Les graves

Fais la même chose avec les graves. Écoute le poids mais aussi la précision.

1 minute — Les aigus

Compare plusieurs positions. Cherche la frontière entre définition et agressivité.

1 minute — Construis ton réglage

Repars d’un réglage simple.

Choisis maintenant une quantité de gain et une égalisation qui fonctionnent pour un vrai morceau ou un vrai riff.

Tu viens de passer de l’exploration des boutons à la construction d’un son.

Toute la chaîne du son

Nous avons maintenant parcouru les quatre grandes étapes :

TES MAINS → TA GUITARE → LES EFFETS → L’AMPLI → LE SON

Mais ces étapes ne fonctionnent pas indépendamment.

Une attaque plus forte peut modifier la réaction d’un ampli en crunch.

Le volume de la guitare peut modifier la quantité de saturation.

Une overdrive peut pousser davantage le préampli.

Le choix du micro peut changer la quantité d’aigus que tu voudras ensuite corriger.

C’est pour cette raison qu’il est rarement utile de demander : « Quels sont les bons réglages ? »

Une meilleure question est : « Qu’est-ce que j’entends, qu’est-ce que je veux changer, et quel élément de la chaîne peut me permettre de le faire ? »

C’est à partir de là que tu commences réellement à construire ton son.