Deux guitaristes peuvent jouer la même guitare, branchée dans le même ampli avec exactement les mêmes réglages… et ne pas sonner du tout pareil.

Pourquoi ? Parce qu’avant les pédales, l’ampli et les réglages, il y a tes mains.

La manière dont tu attaques une corde, fais durer une note, réalises un bend ou un vibrato, relies deux notes ou arrêtes une corde de résonner participe directement à ton son.

Attaque → Justesse → Vibrato → Articulation → Durée → Nuances

L’objectif de cette page n’est donc pas de chercher un meilleur réglage. Au contraire : ne touche à rien et écoute tout ce que tu peux déjà changer avec tes doigts.

Une note n’est pas seulement une hauteur

Joue un La.

Sur le papier, c’est une seule information : La.

Mais sur ta guitare, cette note peut être douce ou agressive, courte ou longue, parfaitement juste ou légèrement fausse. Tu peux la laisser immobile, la faire vibrer, la faire apparaître avec un coup de médiator, un hammer-on ou un slide.

Tu peux également laisser les autres cordes parfaitement silencieuses… ou les laisser résonner involontairement.

La note est toujours un La. Mais le son n’est déjà plus le même.

C’est là que commence le travail du son.

1. L’attaque — Comment fais-tu naître la note ?

Avant de s’intéresser aux effets ou à l’ampli, écoute simplement ton coup de médiator.

Une attaque légère produit un résultat différent d’une attaque énergique. L’angle du médiator, la partie de la corde que tu attaques et la façon dont tu traverses celle-ci modifient également le résultat.

Essaie

Choisis une seule note et joue-la plusieurs fois : très doucement, avec une attaque normale, très fort, près du manche, puis près du chevalet.

Ne change aucun réglage entre les essais. Écoute ce qui change.

Le volume est différent, évidemment, mais pas seulement. L’attaque, la quantité d’aigus et la sensation de dureté ou de douceur évoluent également.

Le médiator n’est donc pas simplement un outil permettant de mettre la corde en mouvement. C’est déjà un outil de son.

2. La justesse — Une belle note commence par une note juste

On pense souvent à la justesse lorsqu’on accorde sa guitare. Mais une guitare parfaitement accordée ne garantit pas que toutes les notes que tu joues seront justes.

Une pression excessive sur la corde peut légèrement modifier sa hauteur. Et dès que tu utilises un bend, c’est toi qui détermines directement la hauteur de la note.

Un bend presque juste reste… presque juste.

Essaie

Choisis une note que tu peux atteindre avec un bend d’un ton. Joue d’abord la note cible normalement, écoute-la attentivement, reviens deux cases plus bas, fais ton bend et compare les deux hauteurs.

Ne cherche pas d’abord à faire un beau bend. Cherche à atteindre exactement la bonne note.

Avec l’habitude, ton oreille et tes doigts vont progressivement apprendre à travailler ensemble.

3. Le vibrato — Faire vivre une note

Une note longue peut rester parfaitement droite. Elle peut aussi bouger.

Le vibrato consiste à faire varier légèrement et volontairement sa hauteur. Sa vitesse et son amplitude changent considérablement le caractère de la note.

Un vibrato lent et discret ne produit pas la même sensation qu’un vibrato rapide et large.

Mais surtout : toutes les notes n’ont pas besoin de vibrato.

Le silence, une note parfaitement stable ou un vibrato qui commence seulement après un instant sont aussi des choix expressifs.

Essaie

Tiens une même note assez longtemps et joue-la successivement sans vibrato, avec un vibrato lent, avec un vibrato plus rapide, avec un vibrato plus large, puis droite au départ avant d’ajouter le vibrato.

Le but n’est pas de déterminer quelle version est « la meilleure ». Le but est d’entendre que tu peux choisir.

4. L’articulation — Comment relies-tu les notes ?

Deux phrases contenant exactement les mêmes notes peuvent sonner très différemment selon la manière dont elles sont articulées.

Tu peux attaquer chaque note au médiator. Mais tu peux aussi utiliser un hammer-on, un pull-off, un slide, un bend ou différentes combinaisons de ces techniques.

Ces gestes ne servent pas seulement à faciliter l’exécution d’une phrase. Ils en changent l’accentuation, la fluidité et le caractère.

Essaie

Prends une petite phrase que tu connais déjà. Joue-la une première fois en attaquant toutes les notes au médiator. Rejoue exactement les mêmes notes en utilisant quelques hammer-ons et pull-offs. Puis essaie d’introduire un slide lorsque c’est possible.

Les hauteurs n’ont pas changé. La manière de raconter la phrase, si.

5. La durée et le silence — Savoir arrêter une note

On travaille beaucoup le moment où une note commence. On travaille moins souvent le moment où elle doit s’arrêter.

Pourtant, une note courte et une note longue ne produisent pas le même effet. Et une corde qui continue de résonner involontairement peut rendre un passage beaucoup moins précis.

Les deux mains participent au contrôle des résonances. Selon la situation, tu peux arrêter une corde avec la main gauche, la main droite ou les deux.

Le palm-mute permet également de raccourcir et de transformer l’attaque des notes.

Essaie

Joue plusieurs fois le même accord ou la même note. Laisse sonner. Puis coupe immédiatement. Essaie ensuite plusieurs durées intermédiaires.

Tu n’as changé ni la note ni l’accord. Tu as changé l’espace qu’il occupe dans la musique.

Bien jouer, ce n’est donc pas seulement savoir quand produire un son. C’est aussi savoir quand laisser du silence.

6. Les nuances — Tout ne doit pas être au même volume

Si toutes les notes d’une phrase sont jouées avec exactement la même intensité, une grande partie de son expression disparaît.

Certaines notes peuvent être mises en avant. D’autres peuvent rester en retrait.

Une phrase peut commencer doucement et prendre progressivement de l’intensité. Une seule note peut devenir un point d’arrivée.

Ces différences constituent les nuances.

Essaie

Prends encore une phrase très simple que tu maîtrises déjà. Ne change aucune note. Joue-la une première fois de manière volontairement uniforme. Puis rejoue-la en choisissant une note importante que tu vas accentuer. Enfin, essaie de commencer doucement et d’augmenter progressivement l’intensité.

Tu viens de jouer trois fois les mêmes notes. Mais pas trois fois la même phrase.

Une guitare, un ampli, cinq sons différents

Fais maintenant une expérience. Choisis un son relativement simple et ne touche plus à aucun réglage.

Joue successivement : doucement près du manche ; plus fortement près du chevalet ; avec des notes très courtes ; avec des notes longues et du vibrato ; puis en utilisant slides, hammer-ons, pull-offs et bends.

Écoute le résultat entre chaque essai.

Tu viens de modifier ton son cinq fois sans toucher à ton ampli.

Des notes à la phrase musicale

Lorsque tu apprends un solo ou une mélodie, trouver les bonnes cases n’est que la première étape.

Tu peux progressivement te poser d’autres questions : est-ce que ma note est juste ? Comment commence-t-elle ? Combien de temps doit-elle durer ? Comment se termine-t-elle ? Est-elle reliée à la suivante ? Doit-elle être plus forte ou plus faible ? A-t-elle besoin d’un vibrato ?

On passe alors progressivement de jouer les bonnes notes à faire sonner une phrase.

Cette différence est essentielle aussi bien pour interpréter un morceau que pour improviser.

5 minutes pour travailler uniquement le son

1 minute — Attaque

Une seule note. Fais varier volontairement l’intensité et l’endroit où tu attaques la corde.

1 minute — Justesse

Travaille quelques bends en comparant systématiquement avec la note cible.

1 minute — Vibrato

Tiens des notes longues. Fais varier volontairement la vitesse et l’amplitude du vibrato.

1 minute — Articulation

Prends une phrase très courte et joue-la de plusieurs manières : médiator, hammer-on, pull-off, slide…

1 minute — Expression

Improviser lentement avec très peu de notes. Pendant cette dernière minute, oublie la quantité de notes. Concentre-toi uniquement sur la manière dont chacune sonne.

Et le matériel ?

Bien sûr, les doigts ne font pas tout.

Une fois la corde mise en mouvement, le signal va être transformé par toute une chaîne :

TES MAINS → TA GUITARE → LES EFFETS → L’AMPLI → LE SON

Les micros de ta guitare, les réglages de volume et de tonalité, le gain, l’égalisation de l’ampli et les effets offrent énormément de possibilités.

Mais il est utile de comprendre cette chaîne dans cet ordre. Le matériel transforme d’abord ce que tes mains lui donnent.

Dans la suite de ce parcours, nous allons donc voir comment utiliser la guitare, l’ampli et les effets pour façonner ce son.